{"id":4888,"date":"2023-02-06T11:15:08","date_gmt":"2023-02-06T19:15:08","guid":{"rendered":"https:\/\/theliteraryarts.com\/?p=4888"},"modified":"2024-11-03T13:28:43","modified_gmt":"2024-11-03T21:28:43","slug":"the-poetics-of-wholeness-by-clifford-venho","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/theliteraryarts.com\/fr\/the-poetics-of-wholeness-by-clifford-venho\/","title":{"rendered":"\"Vers une po\u00e9tique de la globalit\u00e9\" par Clifford Venho"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><em>Clifford Venho est po\u00e8te, eurythmiste et traducteur. Il travaille actuellement comme r\u00e9dacteur en chef chez SteinerBooks et enseigne la litt\u00e9rature \u00e0 l'\u00c9cole d'eurythmie de Spring Valley, dans l'\u00c9tat de New York. Cliff est membre du coll\u00e8ge de la Section des arts litt\u00e9raires et des sciences humaines. Plusieurs de ses pr\u00e9sentations et conf\u00e9rences sont disponibles sur ce site web.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1><\/h1>\n<h1 style=\"font-weight: 400;\">Vers une po\u00e9tique de la pl\u00e9nitude<\/h1>\n<h1 style=\"font-weight: 400;\">par Clifford Venho<\/h1>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\"L'\u00e2me du tout, le sage silence, la beaut\u00e9 universelle, \u00e0 laquelle chaque partie et chaque particule sont \u00e9galement li\u00e9es, l'\u00e9ternel UN, se trouve entre-temps \u00e0 l'int\u00e9rieur de l'homme. Et cette puissance profonde dans laquelle nous existons, et dont la b\u00e9atitude nous est enti\u00e8rement accessible, est non seulement autosuffisante et parfaite \u00e0 chaque heure, mais l'acte de voir et la chose vue, le voyant et le spectacle, le sujet et l'objet, ne font qu'un. Nous voyons le monde morceau par morceau, comme le soleil, la lune, l'animal, l'arbre ; mais le tout, dont ces \u00e9l\u00e9ments sont les parties brillantes, est l'\u00e2me\".<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-Ralph Waldo Emerson<\/p>\n<\/blockquote>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\"L'artiste <em>transforme<\/em> Il transforme l'\u00e9l\u00e9ment individuel en lui conf\u00e9rant un caract\u00e8re universel ; il le fait passer d'un simple hasard \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9, de quelque chose de terrestre \u00e0 quelque chose de divin. La t\u00e2che de l'artiste n'est pas de donner \u00e0 l'homme la possibilit\u00e9 de s'exprimer, mais de lui donner la possibilit\u00e9 de s'exprimer. <em>id\u00e9e<\/em> mais plut\u00f4t de permettre \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 d'appara\u00eetre sous son jour id\u00e9al. <em>Important<\/em> n'est pas le <em>ce que<\/em>qui est d\u00e9riv\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9, mais le <em>comment<\/em>qui rel\u00e8ve de la puissance cr\u00e9atrice du g\u00e9nie\".<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-Rudolf Steiner (extrait d'un carnet de notes ; GA 271)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Nous vivons en rythme, entour\u00e9s par le rythme de la nature. L'iris sur le rebord de ma fen\u00eatre d\u00e9ploie les p\u00e9tales les plus d\u00e9licats - des rayures de tigre \u00e0 l'int\u00e9rieur, cinq p\u00e9tales aux nuances changeantes de violet, le nectar enrobant le c\u0153ur de la fleur, parfum\u00e9 et sucr\u00e9. Lorsque je reviens vers elle plus tard dans la journ\u00e9e, la fleur est d\u00e9j\u00e0 fl\u00e9trie, ratatin\u00e9e, brune et cassante. Son rythme est court, juste un jour, mais quelle beaut\u00e9 en un jour ! Et puis, quelques jours plus tard, un autre iris a fleuri, et le cycle se r\u00e9p\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">D\u00e8s que vous passez de <em>ce que<\/em> \u00e0 <em>comment<\/em>Vous quittez le monde statique des objets et vous entrez dans le flux d'informations qui se d\u00e9ploie dans l'espace. <em>processus<\/em>. Le site <em>comment<\/em> d'une chose n'a pas besoin d'\u00eatre <em>pourquoi<\/em>. La rose n'a pas de \"pourquoi\". Elle fleurit parce qu'elle fleurit\" (Angelus Silesius). Nous sommes tellement pr\u00e9occup\u00e9s par la cr\u00e9ation d'hypoth\u00e8ses et de th\u00e9ories que nous oublions d'observer. Au lieu d'\u00e9couter, nous parlons. Nous avons des oreilles mais nous n'entendons pas. Nous sommes comme la foule de touristes dans un mus\u00e9e qui vont d'\u0153uvre en \u0153uvre, sans jamais rien saisir, trop occup\u00e9s \u00e0 prendre des photos sur leur smartphone. Nous n'avons pas le temps de r\u00e9fl\u00e9chir, d'approfondir, de nous interroger - nous sommes trop distraits pour laisser le monde nous imposer sa propre v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Il existe une merveilleuse anecdote \u00e9crite par Michael Bauer, ami et biographe du po\u00e8te et (selon Rudolf Steiner lui-m\u00eame) v\u00e9ritable repr\u00e9sentant de l'anthroposophie Christian Morgenstern. Bauer raconte comment lui et Morgenstern, qui avait une nature profonde et sensible, se promenaient dans le jardin d'une villa du nord de l'Italie. Bauer, passionn\u00e9 de botanique, voulait comparer la flore de cette r\u00e9gion avec celle de son Allemagne natale et se retrouvait souvent \u00e0 chercher les noms des diff\u00e9rentes esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales qu'il voyait. Il remarque que Morgenstern aborde les plantes d'une mani\u00e8re tout \u00e0 fait diff\u00e9rente :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Morgenstern ne se pr\u00e9occupe pas du tout de comparer et de nommer. Il observait int\u00e9rieurement chaque forme pour elle-m\u00eame. Il semble qu'il craignait que les noms, comme tant de bruits humains, n'effraient l'\u00e2me des d\u00e9licats \u00eatres de la nature. Et c'est de la m\u00eame mani\u00e8re qu'il regardait un paysage. . . . C'est pour cette raison que la vue d'une simple vall\u00e9e travers\u00e9e par un ruisseau, ou d'une paire d'arbres \u00e0 l'horizon, pouvait l'\u00e9branler profond\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-Michael Bauer<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cette activit\u00e9 int\u00e9rieure qui consiste \u00e0 laisser le monde nous impressionner est vitale pour la voie artistique de la connaissance. Il ne s'agit pas d'une connaissance de la t\u00eate seule, mais d'une connaissance profonde de la base des choses. C'est \u00e0 partir de cet approfondissement int\u00e9rieur que Morgenstern a pu \u00e9crire le po\u00e8me suivant :<\/p>\n<blockquote><p>J'ai vu l'homme dans sa forme la plus profonde,<br \/>\nJe connais le monde dans ses moindres recoins.<\/p>\n<p>Je sais que l'amour, l'amour est sa signification la plus profonde,<br \/>\net que je suis ici pour aimer tous les \u00eatres.<\/p>\n<p>J'ouvre grand les bras, comme il l'a fait,<br \/>\nJe veux, comme lui, embrasser le monde comme un seul homme.<\/p>\n<p>-Christian Morgenstern<\/p><\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Avec notre intellect, nous diss\u00e9quons, cat\u00e9gorisons, sp\u00e9cifions, diff\u00e9rencions. Mais si nous pouvons approcher le monde avec une autre facult\u00e9, celle de l'imagination - non pas dans le sens d'une fantaisie oisive, mais dans le sens global de Coleridge - alors les secrets du monde commencent \u00e0 se r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 nous. Coleridge \u00e9crit dans son <em>Biographia Literaria<\/em>:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je consid\u00e8re donc l'imagination soit comme primaire, soit comme secondaire. Je consid\u00e8re l'imagination primaire comme la puissance vivante et l'agent principal de toute perception humaine, et comme une r\u00e9p\u00e9tition dans l'esprit fini de l'acte \u00e9ternel de cr\u00e9ation dans le JE SUIS infini. Je consid\u00e8re l'imagination secondaire comme un \u00e9cho de la premi\u00e8re, coexistant avec la volont\u00e9 consciente, mais toujours identique \u00e0 l'imagination primaire dans le type de son agence, et ne diff\u00e9rant que par le degr\u00e9 et le mode de son op\u00e9ration. Elle se dissout, se diffuse, se dissipe, afin de recr\u00e9er ; ou lorsque ce processus est rendu impossible, elle s'efforce n\u00e9anmoins d'id\u00e9aliser et d'unifier. Elle est essentiellement vitale, alors que tous les objets (en tant qu'objets) sont essentiellement fixes et morts. (167)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-S.T. Coleridge<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Coleridge oppose cette activit\u00e9 vitale de l'imagination \u00e0 ce qu'il appelle la \"fantaisie\" :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La Fantaisie, au contraire, n'a d'autres pions \u00e0 jouer que les fixit\u00e9s et les d\u00e9finitions. La fantaisie n'est en effet rien d'autre qu'un mode de m\u00e9moire \u00e9mancip\u00e9 de l'ordre du temps et de l'espace, tandis qu'elle est m\u00e9lang\u00e9e et modifi\u00e9e par ce ph\u00e9nom\u00e8ne empirique de la volont\u00e9, que nous exprimons par le mot Choix. Mais, de m\u00eame que la m\u00e9moire ordinaire, la fantaisie doit recevoir tous ses mat\u00e9riaux tout faits de la loi d'association. (167)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-S.T. Coleridge<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ainsi, pour Coleridge, l'imagination n'est pas une fuite de la \"fantaisie\", mais l'activit\u00e9 int\u00e9rieure qui nous permet de mieux comprendre les liens entre les choses, de commencer \u00e0 sonder l'int\u00e9gralit\u00e9 du monde. La fantaisie, en revanche, nous donne des images fixes et tend vers la diff\u00e9renciation, vers les parties plut\u00f4t que vers le tout.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le travail de l'imagination est vital pour le po\u00e8te, dont Coleridge dit qu'il est presque synonyme de la po\u00e9sie elle-m\u00eame. Apr\u00e8s tout, c'est le g\u00e9nie po\u00e9tique qui donne naissance \u00e0 la po\u00e9sie, et ce g\u00e9nie manie l'imagination comme un instrument essentiel de la cr\u00e9ation :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le po\u00e8te, d\u00e9crit dans sa perfection id\u00e9ale, met en activit\u00e9 toute l'\u00e2me de l'homme, avec la subordination de ses facult\u00e9s les unes aux autres selon leur valeur et leur dignit\u00e9 relatives. Il diffuse un ton et un esprit d'unit\u00e9, qui m\u00eale, et (pour ainsi dire) fusionne, chacun dans chacun, par cette puissance synth\u00e9tique et magique, \u00e0 laquelle j'attribuerais exclusivement le nom d'imagination. (173-74)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-S.T. Coleridge<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dans ce contexte, il est int\u00e9ressant d'examiner comment Coleridge, \u00e0 l'instar de Kant, fait la distinction entre la compr\u00e9hension (<em>Verstand<\/em>) et la raison (<em>Vernunft<\/em>). Dans le cadre de l <em>L'ami<\/em>Il \u00e9crit que dans l'entendement, \"nous nous consid\u00e9rons comme des \u00eatres s\u00e9par\u00e9s, et nous pla\u00e7ons la nature en antith\u00e8se avec l'esprit, comme l'objet avec le sujet, la chose avec la pens\u00e9e, la mort avec la vie\" (I, 520-521). Il d\u00e9crit la raison, en revanche, comme \"cette intuition des choses qui na\u00eet lorsque nous nous poss\u00e9dons nous-m\u00eames, en tant qu'un avec le tout, ce qui est une connaissance substantielle\". Rudolf Steiner, dans son livre <em>La th\u00e9orie de la connaissance de Goethe<\/em>Le rapport de la Commission europ\u00e9enne sur l'\u00e9tat de l'environnement, la sant\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 au travail, d\u00e9veloppe cette ligne de pens\u00e9e :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La raison ne pr\u00e9suppose pas une certaine unit\u00e9 mais la forme vide de l'unification. Elle est la capacit\u00e9 d'attirer l'harmonie vers la lumi\u00e8re tant qu'elle est pr\u00e9sente dans l'objet lui-m\u00eame. Dans la raison, les concepts s'unissent pour former des id\u00e9es. <em>Raison <\/em>(Vernunft) <em>met en \u00e9vidence l'unit\u00e9 sup\u00e9rieure des concepts de l'entendement <\/em>(Verstand)<em>,<\/em> <em>que l'entendement a bien dans ses formations mais qu'il n'est pas capable de voir. <\/em>(88)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-Rudolf Steiner<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Steiner r\u00e9fute la notion abstraite de \"chose en soi\" de Kant. Pour Steiner, les id\u00e9es appartiennent \u00e0 un monde id\u00e9al unifi\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 per\u00e7ue par la facult\u00e9 de la raison, qui porte intrins\u00e8quement l'attribut du \"vide\".<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le point de vue de Coleridge, et de Steiner, sur la facult\u00e9 de raisonnement dans les sciences est li\u00e9 \u00e0 la facult\u00e9 d'imagination dans les arts. Comme nous l'avons vu dans son <em>Biographia Literaria<\/em>Pour Coleridge, l'imagination est une plong\u00e9e dans la totalit\u00e9 unifi\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9, un saut de l'unit\u00e9 individuelle et discr\u00e8te vers le tout dont elle \u00e9merge et auquel elle appartient.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Ainsi, nous pouvons commencer \u00e0 comprendre comment la science et la po\u00e9sie (ou l'art de mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rale) sont li\u00e9es l'une \u00e0 l'autre comme les deux faces d'une m\u00eame pi\u00e8ce. Goethe caract\u00e9rise la relation entre la science et l'art :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Je pense que l'on pourrait appeler la science la connaissance du g\u00e9n\u00e9ral ou la connaissance abstraite ; l'art, quant \u00e0 lui, serait la science appliqu\u00e9e \u00e0 l'action ; la science serait la raison et l'art son m\u00e9canisme ; on pourrait donc aussi l'appeler la science pratique. Et donc, finalement, la science serait le th\u00e9or\u00e8me et l'art le probl\u00e8me. (<em>Maximes et r\u00e9flexions<\/em>)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-Johann Wolfgang von Goethe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Dans cette optique, la science est la voie par laquelle nous passons du contenu donn\u00e9 de notre exp\u00e9rience aux id\u00e9es ou aux lois qui sous-tendent ces exp\u00e9riences. L'art va dans la direction oppos\u00e9e. Il \u00e9l\u00e8ve l'exp\u00e9rience dans le domaine de l'id\u00e9e, de sorte que l'id\u00e9e n'est pas \"derri\u00e8re\" l'exp\u00e9rience, mais incarn\u00e9e en elle. Comme le dit Steiner dans le chapitre final de <em>La th\u00e9orie de la connaissance de Goethe<\/em>:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L'infini, que la science cherche dans le fini et s'efforce de repr\u00e9senter dans l'id\u00e9e, est imprim\u00e9 par l'art sur un mat\u00e9riau tir\u00e9 du monde sensible. Ce qui appara\u00eet dans la science comme une id\u00e9e est, dans l'art, une image. C'est le m\u00eame infini qui est l'objet \u00e0 la fois de la science et de l'art ; c'est seulement qu'il appara\u00eet diff\u00e9remment dans l'une et dans l'autre. (156)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-Rudolf Steiner<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L'art n'est donc ni une expression purement subjective, ni une copie du monde naturel ; c'est la r\u00e9v\u00e9lation de l'id\u00e9e dans le monde des sens, une exp\u00e9rience sensorielle rev\u00eatue d'un habit spirituel. L'imagination est la facult\u00e9 centrale qui permet \u00e0 l'artiste d'acc\u00e9der \u00e0 l'int\u00e9gralit\u00e9 du monde et \u00e0 ses possibilit\u00e9s cr\u00e9atives infinies.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L'un des obstacles fondamentaux \u00e0 une v\u00e9ritable exp\u00e9rience de cette forme d'imagination est la notion enracin\u00e9e d'une division sujet-objet. Le sujet et l'objet sont des concepts saisis par notre intellect (ou notre compr\u00e9hension, au sens de Coleridge) ; ils ne sont pas fondamentaux en eux-m\u00eames. L'acte de conna\u00eetre est une immersion dans la totalit\u00e9 du monde, dans son unit\u00e9 indivisible, m\u00eame s'il semble d'abord divis\u00e9. Nous recevons des exp\u00e9riences disparates - la perception d'une forme, d'une couleur, d'un mouvement. Ces perceptions semblent d'abord sans lien, jusqu'\u00e0 ce que nous d\u00e9couvrions leurs concepts avec notre intellect - arbre, pierre, herbe, etc. - et que nous parvenions \u00e0 l'unit\u00e9 du monde des id\u00e9es gr\u00e2ce aux \"efforts vides\" de notre raison.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cette division sujet-objet est utile pour mesurer et quantifier le monde que nous percevons. De par notre nature et notre constitution - plus que toute autre cr\u00e9ature sur Terre - nous nous percevons comme s\u00e9par\u00e9s du monde, comme un sujet entour\u00e9 d'objets. Mais cette dualit\u00e9 n'est pas une r\u00e9alit\u00e9 fondamentale. Elle est le r\u00e9sultat de notre constitution.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La po\u00e9tesse anglaise Kathleen Raine \u00e9voque la lutte de William Blake contre le clivage sujet-objet, qui conduit inexorablement \u00e0 la vision mat\u00e9rialiste du monde :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pour Blake, l'erreur radicale de la civilisation occidentale r\u00e9side dans la s\u00e9paration... entre l'esprit et son objet, la nature. Le message inspir\u00e9 mais incompris de Blake n'\u00e9tait ni plus ni moins que de d\u00e9clarer et de d\u00e9montrer les cons\u00e9quences humaines d\u00e9sastreuses de cette s\u00e9paration, et d'appeler \u00e0 une restauration de l'unit\u00e9 originelle de l'\u00eatre, dans laquelle les mondes ext\u00e9rieur et int\u00e9rieur ne font qu'un. (<em>Golgonooza, ville de l'imagination<\/em>)<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-Kathleen Raine<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Raine d\u00e9crit sa propre exp\u00e9rience du d\u00e9passement de ce foss\u00e9 : elle \u00e9tait en train de regarder une jacinthe dans tous ses d\u00e9tails myst\u00e9rieux, quand \"brusquement, je me suis aper\u00e7ue que je ne la regardais plus, mais que j'\u00e9tais en train de la regarder...\".\u00a0<em>\u00e9tait<\/em>\u00a0Il n'y a pas d'autre solution que de s'en d\u00e9barrasser. Nous nous limitons nous-m\u00eames en raison d'une vision \u00e9pist\u00e9mologique incontest\u00e9e selon laquelle il existe une division fondamentale entre le sujet et l'objet. Cela ne veut pas dire que nous devrions rejeter l'exp\u00e9rience de notre propre conscience individuelle de nous-m\u00eames, mais plut\u00f4t que nous devrions prendre cette exp\u00e9rience et avancer avec elle consciemment vers une r\u00e9union avec le tout, dont nous faisons partie et dont nous sommes une parcelle :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\u00a0\". ... dans votre propre sein, vous portez votre Ciel et votre Terre et tout ce que vous voyez : bien que cela apparaisse \u00e0 l'ext\u00e9rieur, c'est \u00e0 l'int\u00e9rieur, dans votre imagination\".<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-William Blake<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"font-weight: 400;\">\"Lorsque la nature commence \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler son secret, nous \u00e9prouvons un d\u00e9sir irr\u00e9sistible pour son interpr\u00e8te le plus digne, l'art\" (<em>Maximes et r\u00e9flexions<\/em>).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">-Johann Wolfgang von Goethe<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cela nous am\u00e8ne \u00e0 la question de la forme et du contenu dans la nature et dans l'art. En science, la forme d'une chose (un arbre, par exemple) nous conduit \u00e0 son contenu (les lois qui r\u00e9gissent sa croissance). L'arbre individuel illustre la loi qui s'applique universellement. Dans l'art, on ne peut pas parler <em>de la m\u00eame mani\u00e8re <\/em>d'une \u0153uvre d'art comme pointant vers quelque chose d'ext\u00e9rieur \u00e0 elle-m\u00eame. Archibald MacLeish l'a exprim\u00e9 avec \u00e9loquence dans son c\u00e9l\u00e8bre po\u00e8me \"Ars Poetica\" : \"Un po\u00e8me ne doit pas signifier mais \u00eatre. Ainsi, le r\u00e9el (la forme) et l'id\u00e9al (le contenu) de l'art appartiennent \u00e0 une unit\u00e9 compl\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cette nature r\u00e9elle-id\u00e9ale de l'art s'applique d'une mani\u00e8re particuli\u00e8re \u00e0 la po\u00e9sie. Dans la po\u00e9sie, nous travaillons \u00e9troitement avec la pens\u00e9e, mais si nous devions simplement exprimer des pens\u00e9es, comme je le fais en ce moment, le r\u00e9sultat serait un essai, pas un po\u00e8me. L'\u00e9l\u00e9ment de l'apparence ou de la forme - structure, sonorit\u00e9, rythme, etc. - doit \u00eatre compl\u00e8tement uni au contenu id\u00e9al du po\u00e8me, \u00e0 son id\u00e9e. doit \u00eatre compl\u00e8tement uni au contenu id\u00e9al du po\u00e8me, \u00e0 son id\u00e9e. Plus cela est possible, plus le po\u00e8me est efficace et plus nous le ressentons comme vrai. Nous percevons la forme et le sens dans \"un instant de temps\". C'est la d\u00e9finition que donne Pound de l'image po\u00e9tique. C'est dans ce moment d'exp\u00e9rience o\u00f9 nous ressentons l'int\u00e9gralit\u00e9 des choses, o\u00f9 les mots, les pens\u00e9es, les images, les \u00e9motions, les sons se rassemblent en une unit\u00e9 indivisible, o\u00f9 l'int\u00e9rieur respire avec l'ext\u00e9rieur et l'ext\u00e9rieur avec l'int\u00e9rieur, que nous pouvons situer l'essence de la po\u00e9sie, et de l'art en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Goethe parle de cette relation entre l'int\u00e9rieur et l'ext\u00e9rieur en termes de rythme, \"une systole et une diastole continues, une inspiration et une expiration de l'\u00e2me vivante\" (<em>Maximes<\/em>). Cet \u00e9change vivant entre l'int\u00e9rieur et l'ext\u00e9rieur, par lequel les deux ne font qu'un, est au c\u0153ur de la po\u00e9tique de la pl\u00e9nitude.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">2.7.23<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Clifford Venho is a poet, eurythmist, and translator. He currently works as managing editor at SteinerBooks and teaches literature at the School for Eurythmy in Spring Valley, NY. Cliff is a member of the collegium of the Section for the Literary Arts and Humanities. Several of his presentations and lectures are on this website. 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